Travail de nuit : Quels risques pour l’employeur / le salarié ?

Bien définir le travail de nuit et les horaires atypiques

Le travail en horaires atypiques est celui qui est effectué hors cadre de la semaine standard.

La semaine standard est celle où le salarié travaille :

  • du lundi au vendredi ;
  • durant 8 heures ;
  • quotidiennement entre 5h et 23h ;
  • avec une pause déjeuner entre 12h et 14h ;
  • sur un rythme de 5 jours travaillés suivis de 2 jours de repos.

Le travail de nuit est défini comme celui effectué, en tout ou en partie :

  • entre 21h et 6h du matin ;
  • au moins pendant 3 heures ;
  • au moins 2 fois par semaine.

Les horaires atypiques concernent :

  • des jours variables (samedi, dimanche ou jours fériés) ;
  • avant 5 heures ou après 20 heures ;
  • fragmenté par des coupures de durée variable, en cycle régulier, 3×8 ou 2×12.

 

L’organisme humain est adapté à un rythme circadien, de 24 heures. Celui-ci est synchronisé par certains indicateurs naturels (lumière du jour), ou d’autres, sociaux, (heures de repas), en alternant veille (= activité le jour), et sommeil la nuit.

Le décalage des cycles « veille/sommeil », perturbe les rythmes biologiques, et donc les divers fonctionnements de l’organisme :

  • température corporelle ;
  • hormones ;
  • rythme cardiaque ;
  • niveau d’éveil ;
  • vigilance ;
  • humeur ;
  • mémoire…

Quels sont les risques pour la santé du salarié ?

Plusieurs risques sont à prendre en considération :

  • Troubles du sommeil : moins bonne qualité du sommeil en journée, difficulté de récupération, influence de l’environnement et de l’habitat ;
  • Troubles digestifs, dont l’ulcère gastrique ;
  • Troubles cardiovasculaires, dont l’hypertension ;
  • Troubles métaboliques comme le diabète ou le cholestérol, ceux-ci étant favorisés par une alimentation décalée, plus ou moins équilibrée ;
  • Troubles hormonaux ;
  • Troubles de l’humeur, anxiété, dépression, etc. ;
  • Perturbations cognitives, troubles de la mémoire ;
  • Augmentation du risque d’avortement spontané, si travail de nuit ou posté pendant la grossesse ;
  • Augmentation du risque de cancers (sein, colon, prostate) (nb : le travail de nuit est classé « cancérogène probable » par le CIRC);
  • Prise d’excitants nocifs pour la santé pour se « soutenir », (alcool, tabac, café…)

Toutes ces dimensions sont en interaction et potentialisent les risques. Une surveillance médicale rapprochée de la médecine du travail est donc justifiée pour prévenir ou dépister les atteintes à la santé du salarié.

Les conséquences peuvent laisser des « traces durables, identifiables et irréversibles sur la santé ». D’ailleurs, l’employeur doit déclarer aux caisses de retraite tout salarié exposé aux facteurs de pénibilité, dont le travail de nuit ou le travail en équipes successives alternantes.

Quels sont les conséquences pour l’entreprise ?

  • Augmentation du risque d’accidents de trajet due à la somnolence ou la diminution de la vigilance ;
  • Augmentation de la gravité des accidents de travail ;
  • Accélération de l’usure jusqu’au handicap ;
  • Diminution de la performance : absentéisme, présentéisme coût.

Quels sont les obligations de l’employeur ?

  • Recenser les postes exposés ;
  • Inscrire le risque dans le DUER ;
  • Réaliser une fiche de prévention d’exposition au facteur de pénibilité adressée au Service de Santé au Travail (médecine du travail) ;
  • Faire une déclaration annuelle à la CNAV ou la CARSAT pour alimenter le compte personnel d’exposition à des facteurs de pénibilité (C3P) ;
  • Déclarer à son Service de Santé au Travail tout salarié soumis à la surveillance rapprochée (SMR).

Mettre en place des actions de prévention !

  • Mettre en place des visites médicales en SMR tous les 6 mois pour les travailleurs de nuit ;
  • Réduire autant que possible les postes de travail en horaires atypiques ;
  • Organiser le temps de repos en fonction de l’analyse de l’activité ;
  • Recenser et évaluer les postes à risque et mettre en œuvre de moyens de prévention ;
  • Informer sur les comportements de protection/réparation/ hygiène de vie, alimentation, activité physique, équilibre vie personnelle/vie professionnelle…
  • Passer le salarié en horaires de jour (standards) dès que l’état de santé le nécessite ;
  • Avancer l’âge de la retraite pour les salariés exposés.

Références:

  • INRS ED 5023
  • Travailler-mieux.gouv.fr
  • Recommandations de la HAS mai 2012
  • Serge Volkoff, journée d’étude « Pénibilité au Travail », SMSTS, 24/05/2008
  • Rapport au Premier ministre sur la Pénibilité du 26 mai 2015

Article rédigé par

Marie-France Vaillant, Médecin du Travail – IPRP

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